La vente d’un logement occupé obéit à des règles précises. Selon son projet, le propriétaire peut vendre le bien avec le bail en cours ou attendre son échéance pour délivrer un congé pour vendre. La stratégie dépend notamment du type de location, de la date de fin du bail et de la situation du locataire.
Une erreur de délai, de contenu ou de notification peut entraîner la nullité du congé et la reconduction du bail. Une préparation juridique rigoureuse est donc indispensable pour protéger les droits du locataire et sécuriser la transaction.
Vendre occupé ou donner congé au locataire
Le propriétaire peut vendre le logement sans mettre fin à la location. Il peut aussi chercher à le vendre libre en donnant congé à l’échéance, lorsque les conditions prévues par la loi sont réunies.
La vente avec le locataire en place
En cas de vente occupée, le bail se poursuit automatiquement aux mêmes conditions. Le locataire n’a pas à signer un nouveau contrat et ne peut pas être contraint de partir en raison du changement de propriétaire.
L’acquéreur devient bailleur lors du transfert de propriété. Il doit respecter le montant du loyer, les modalités de révision, la répartition des charges et l’échéance du contrat. Il devra également restituer le dépôt de garantie à la fin du bail, après déduction des sommes légalement justifiées.
En principe, la vente occupée d’un logement isolé ne donne pas au locataire un droit prioritaire d’achat. Des droits de préemption particuliers peuvent néanmoins s’appliquer lors de certaines ventes en bloc ou opérations de division d’immeuble.
Le congé pour vendre un logement libre
Pour vendre un logement vide de tout occupant, le bailleur doit délivrer un congé pour vendre à l’échéance du bail. En location vide constituant la résidence principale du locataire, celui-ci doit recevoir le congé au moins six mois avant la fin du contrat.

Le délai se calcule à partir de la réception effective du congé, et non de son expédition. Une lettre recommandée envoyée à temps, mais reçue tardivement, peut donc rendre le congé inefficace.
En location meublée constituant la résidence principale, le préavis du bailleur est généralement de trois mois. Le régime diffère toutefois de celui de la location vide, notamment concernant le droit de préemption. Les règles officielles sont présentées sur Service-Public.fr.
Le formalisme du congé pour vendre
Le congé est un acte juridique encadré. Il doit identifier le logement, exprimer clairement la volonté de vendre et contenir les informations imposées par la réglementation. Une formulation imprécise ou une condition de vente incomplète peut remettre en cause sa validité.
Le contenu de l’offre de vente
Pour une location vide, le congé pour vendre vaut généralement offre de vente au profit du locataire. Il doit indiquer le prix et les conditions de la transaction, ainsi que reproduire les dispositions légales relatives aux droits du locataire.
La désignation du bien doit être suffisamment précise. Elle peut inclure une cave, un garage, un stationnement, des dépendances ou plusieurs lots de copropriété. Le prix annoncé doit correspondre à l’ensemble effectivement proposé.
Les modes de notification autorisés
Le congé peut être délivré par lettre recommandée avec demande d’avis de réception, par acte de commissaire de justice ou par remise en main propre contre récépissé ou émargement.
Lorsque plusieurs personnes sont titulaires du bail, la notification doit être adressée à chacune d’elles. Une attention particulière est nécessaire en présence de locataires mariés, pacsés ou cotitulaires. L’omission d’un destinataire peut rendre le congé inopposable à la personne concernée.

Le droit de préemption en location vide
Lorsque le congé concerne un logement loué vide à usage de résidence principale, le locataire bénéficie en principe d’une priorité pour l’acheter aux conditions indiquées.
Les délais d’acceptation
Le locataire dispose de deux mois à compter du début du préavis pour accepter l’offre. Son silence à l’expiration de ce délai vaut refus. S’il accepte sans recourir à un emprunt, il doit normalement réaliser la vente dans les deux mois suivant son acceptation.
Lorsqu’il indique financer l’acquisition par un prêt, le délai de réalisation est porté à quatre mois. L’acceptation est alors conditionnée à l’obtention du financement. À défaut de signature dans le délai applicable, l’acceptation devient sans effet.
La seconde offre en cas de baisse du prix
Si le propriétaire vend finalement à un tiers à un prix inférieur ou à des conditions plus avantageuses, le locataire doit recevoir une nouvelle notification. Celle-ci peut être effectuée par le propriétaire ou par le notaire.
Le locataire dispose alors d’un mois pour accepter. Cette règle empêche de fixer artificiellement un prix dissuasif dans le congé avant de vendre rapidement à un tiers à des conditions plus favorables.
La protection de certains locataires
Certains occupants bénéficient d’une protection renforcée en raison de leur âge et de leurs ressources. Le bailleur ne peut alors pas toujours mettre fin au bail sans proposer un relogement adapté.
Les conditions d’âge et de ressources
La protection concerne notamment le locataire âgé de plus de 65 ans dont les ressources sont inférieures au plafond réglementaire. Elle peut aussi s’appliquer lorsqu’il héberge fiscalement une personne répondant à certaines conditions d’âge, de ressources et de résidence habituelle.

La situation doit être vérifiée à partir de justificatifs fiables, comme l’avis d’imposition et les documents relatifs à la composition du foyer. Le fait que le locataire travaille encore ou vive avec un proche ne suffit pas à écarter cette protection.
L’offre de relogement
Lorsque la protection s’applique, le congé peut être subordonné à une offre de relogement correspondant aux besoins et aux possibilités financières du locataire. Le bien proposé doit être situé dans le secteur géographique prévu par la loi et présenter des caractéristiques adaptées.
Une proposition trop chère, imprécise, indisponible ou manifestement inadaptée n’est pas suffisante. Le propriétaire doit pouvoir établir la réalité de l’offre. La protection peut toutefois être écartée lorsque le bailleur remplit lui-même certaines conditions d’âge ou de ressources.
L’organisation des visites
La commercialisation ne donne pas au propriétaire un accès permanent au logement. Tant que le bail se poursuit, le locataire conserve la jouissance paisible des lieux et le droit au respect de sa vie privée.
Le bail peut prévoir des visites en cas de vente, mais il ne peut pas imposer plus de deux heures de visite les jours ouvrables ni des rendez-vous les jours fériés. Il est préférable de fixer les créneaux d’un commun accord, de les regrouper et de prévenir l’occupant suffisamment tôt.
Les photographies doivent également respecter la vie privée. La diffusion d’images révélant des portraits, documents ou effets personnels identifiables suppose l’accord de l’occupant. À défaut, le vendeur peut utiliser des plans, d’anciens visuels autorisés ou des photographies ne dévoilant aucun élément privé.
Les documents nécessaires à la vente
L’acquéreur d’un logement loué doit pouvoir évaluer la situation locative, la rentabilité du bien et les obligations qu’il reprendra. Le vendeur doit donc préparer un dossier complet.

Les pièces relatives à la location
Le dossier comprend notamment le bail, ses avenants, l’état des lieux d’entrée, l’acte de cautionnement éventuel, le montant du dépôt de garantie et les justificatifs de paiement des loyers.
Les décomptes de charges, les dernières régularisations et les éventuels incidents de paiement doivent être communiqués. Tout litige ou toute procédure en cours avec le locataire doit également être signalé avant l’engagement définitif de l’acquéreur.
Les diagnostics et documents du bien
Le vendeur doit constituer le dossier de diagnostic technique applicable. Selon le logement, il peut comprendre le diagnostic de performance énergétique, les constats relatifs au plomb ou à l’amiante, les diagnostics gaz et électricité, l’état des risques et le mesurage du lot.
En copropriété, il faut également préparer les procès-verbaux d’assemblée générale, le règlement de copropriété, les informations financières et les éléments relatifs aux travaux votés. Les obligations documentaires peuvent être vérifiées sur le site de l’Agence nationale pour l’information sur le logement.
Les effets de la vente sur le bail
À la signature de l’acte authentique, l’acquéreur devient bailleur sans qu’un nouveau contrat soit nécessaire. Le locataire doit être informé de son identité, de ses coordonnées et des nouvelles modalités de paiement.
Le compromis et l’acte authentique organisent généralement la répartition du loyer, des provisions pour charges et des sommes dues à la date du transfert. Le dépôt de garantie doit être intégré aux comptes entre vendeur et acquéreur. Sa restitution incombera au propriétaire en place lors du départ du locataire.
En présence d’une caution, il convient de vérifier si son engagement continue après la vente. La réponse dépend notamment de la rédaction de l’acte et de la durée de la garantie.

La reprise ultérieure par l’acquéreur
L’acquéreur ne peut pas nécessairement récupérer immédiatement le logement. Des délais spécifiques peuvent reporter la possibilité de donner congé pour vendre ou pour reprendre, particulièrement lorsque l’échéance du bail intervient peu après l’acquisition.
Cette vérification est essentielle si l’achat vise à loger l’acquéreur ou un proche. La date réelle de libération doit être analysée avant la signature du compromis.
Prévenir les risques d’un congé irrégulier
Un congé tardif, incomplet, adressé au mauvais destinataire ou comportant des conditions imprécises peut être annulé. Le bail risque alors d’être reconduit, empêchant la livraison d’un logement libre à la date prévue.
Un congé frauduleux peut également entraîner des sanctions civiles et pénales, notamment si la vente n’est pas réelle, si le prix est volontairement dissuasif ou si un tiers bénéficie ensuite de conditions plus favorables non proposées au locataire.
Avant toute mise en vente, le propriétaire doit relire le bail, vérifier son échéance, identifier tous ses titulaires et contrôler l’éventuelle protection du locataire. Il doit ensuite calculer précisément les délais et déterminer si un droit de préemption s’applique.
La relecture du congé par un professionnel du droit est recommandée. Une préparation complète sécurise les droits du locataire, informe correctement l’acquéreur et limite les risques de report, de contentieux ou d’annulation de la vente.